Chroniques d’un amour Ordinaire

Le téléphone vibre dans la poche de Kamal, qui le dégaine (au sens propre) et lit : « iwa 3andak, mat3atlch 3liya hhhh » …

Et comment ! il était déjà arrivé au café huppé où ils s’étaient donnés rendez-vous avec une heure d’avance. Il n’osait pas entrer, il n’osait même pas marcher sur ce sol trop propre pour ses souliers bicentenaires. Et puis son budget était bien calculé : Il a prévu 5 dirhams pour son ness ness et 15 pour son jidourange dabouka à elle, 15Dh pour le « plein » de sa moto et 8 pour le pocadillous qu’elle ne tarderait pas à réclamer.

Enfin, quatre dirham pour autant de cigarettes Marquize et deux pour une Marlboro qu’il allait fumer dans le café (parce que ça ne se fait pas de fumer des marquizes dans ce genre d’endroits). Avec cette prévoyance caractéristique des pauvres, il a réservé soixante-dix riyals pour les dépenses imprévisibles. Sait-on jamais, le monde et le temps (daniya w zman).

Bilan des courses : 47dirhams et cinquante centimes.

La « soirée » (c’était en fait un après-midi, oui mais voila ) la soirée donc lui avait coûté beaucoup plus cher. Parce que sa chemise blanche qu’il avait mise au mariage de sa sœur virait depuis vers le vert et même vers le jaune au dessus des aisselles. Le col n’était pas cassé, non, il était complètement écrasé sa race. Ce qui le découragea une fois pour toutes à mettre sa cravate verte-bleu-ciel qu’il croyait avoir le pouvoir de le rendre « stiiiile». Sa sœur Zoubida avait essayé de lui rendre sa couleur d’antan, avec de l’eau de javel de chez Procter&Gamble qui parait-il avait le pouvoir de blanchir n’importe quel objet sauf peut-être les dents d’un ouvrier de l’OCP.

Bon je vais m’arrêter ici car à la demande de sa mère, je me dois de signaler que ce n’est guère la faute à Zoubida bien connue dans toute la rue pour ses compétences ménagères extraordinaires tout en gardant l’honneur de la famille intact. En effet, de mémoire d’homme, jamais elle n’a adressé la parole à ce fils de Satan vendeur de cigarettes au détail Mehdi sauf une fois où elle lui a acheté une clope mais c’était en plein jour et d’abord c’est son frère qui l’avait envoyée. Jamais elle n’a enlevé son foulard, même devant son oncle. Et puis elle est timide et elle baisse les yeux quand un homme la regarde. Et même que Abdellah voulait demander sa main mais le bougre est parti en talian. (Abdellah est le fils aîné du haj Marzouki allah yrahmou). Bref la fille est une fille de sa maison et si elle n’a pas beaucoup de prétendants c’est qu’elle rentre tellement dans le marché de sa tête qu’elle en est presque invisible. Donc sa seule condition est de pouvoir aller voir sa mère une fois dans la petite fête et une fois à Achoura. Sinon elle vivrait volontiers avec toi chez ta mère en attendant que Dieu change d’humeur et te file un peu de thune.

Pour ma part je vous confirme qu’elle rechigne à enlever son foulard et même qu’il faut insister pour mériter une fellation et qu’il n’est pas question de le faire par derrière.

On the other hand, l’odeur des détergents te donne l’impression que M. Propre va surgir à n’importe quel moment comme pour te besogner à ton tour mais cette perspective ne devrait pas être désagréable pour les plus libertins d’entre vous.

Bon revenons à nos moutons. Il était donc hors de question de porter la chemise « blanche ».

Heureusement que son t-shirt EFFECTIVE POWERNESS DEPARTMENT OF ELITE POLICE (en Times New Roman 98 centré, sauf ELITE qui était écrit en plus petit et en italique) avait bien traversé les épreuves du temps dont le contact avec le mur du lycée où il allait nonchalamment s’appuyer avant la sortie des cours. La décision fut donc prise de mettre ce t-shirt et le rentrer dans son jean délavé au niveau des fesses où trônait l’inscription « DIESEL ONLY FOR THE BRAVE » . Enfin, quand on dit « la décision fut prise … » , c’est parce qu’on ne sait pas exactement qui a eu en premier cette idée. Disons que c’était une décision collective prise par sa mère, ses deux sœurs, la totalité des voisines et l’ensemble de ses potes. Il lui fallait bien une épouse à cette tête de mule pour qu’enfin il se mette à chercher un travail parce que franchement sa mère la pauvre en avait marre de lui payer ses cigarettes et l’essence.

C’est ainsi qu’elle lui lâcha 35dh pour s’équiper d’une bouteille d’eau de cologne et d’une « tasse » de gel qui étaient toutes les deux très bonnes car il les a acheté chez Marjane. Mais ce n’était pas une dépense inutile finalement car un peu coquin sur les bords, il s’en mettait partout et s’en servait pour tout ; after-shave, dé-odorant (ce mot prenait une signification particulièrement pertinente avec lui), toilette intime, et trois douches sur quatre avaient désormais cédé la place à un bain de JUNGLE DE L’AMERIQUE (c’était le nom viril du déodorant).

A suivre …

A propos aboulahab

J'ai couché avec ta mère. Depuis, je suis gay. Contact : abbou point lahab (chez gmail point com)
Cet article, publié dans Plubôpaysdumonde, est tagué , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s