Le Miracle Marocain

Les troubles en Tunisie et en Egypte ne sont, en réalité, que le miroir flatteur de notre propre stabilité ; On peut se sentir solidaire (ou pas) de nos cousins orientaux, mais il faut le dire, notre pays est bien tenu.

Vous savez quoi ? Le Marocain est un militant au grand cœur. Il  ne sort dans la rue que pour protester pour les autres : les Irakiens, les Palestiniens, les Tunisiens (Allez, même les Algériens, juste pour prouver notre fair-play). Quant à ses propres misères, son amour-propre lui interdit de les exprimer en public. Pour cela, nous avons un système de vases communicant où chacun se défoule sur plus bas que lui.

Encore mieux : il y a comme une satisfaction, un sentiment de douce revanche même, lorsqu’on observe les Kriegspieles à Sidi Bouzid ou Kasserine. Pendant des années, on nous a bassiné à coup de ‘Miracle Tunisien par-ci’ ou ‘Modèle économique Tunisien’, et à chaque fois que des statistiques mondiales étaient publiées, nous étions à la traîne de la Tunisie, sur tous les domaines : PIB par habitant plus important, croissance soutenue, tourisme de qualité, mais aussi forte stabilité géopolitique, pas de danger islamiste et une impression de calme généralisée. Pour les plus acculturés parmi nous autres nihilistes, c’est le modèle laïc arabe à suivre, à mis chemin entre Nasser et Atatürk. Même les sécuritaires étaient secrètement jaloux de ce pays lisse, trop lisse, où l’opposition, même en exil, est systématiquement mise sur le banc de touche – l’appareil policier tunisien poussait le vice jusqu’à semer la zizanie parmi les exilés en Europe. Le nec plus ultra de la répression à distance.

Et là, Ô satisfaction, le couvercle saute, la légende est démystifiée : les Tunisiens, désinhibés par un niveau intolérable d’injustice sociale, de corruption et de népotisme, on eu le courage (insensé, nous verrons plus tard pourquoi) de scander en des termes similaires : ‘Zinochet, Si tu savais, ta matraque où on s’la met…’.

En rétrospective, l’échec sécuritaire tunisien ne fait que rehausser l’efficacité policière marocaine –douteuse certes, mais nous verrons qu’elle fait plutôt bien son boulot.

Je disais plus haut que les sécuritaires marocains étaient jaloux du succès sécuritaire tunisien, au point de chercher à imiter les méthodes de leurs collègues. En creusant un peu, on découvre que la police tunisienne a lamentablement échouée, et que malgré un net désavantage relatif en termes de ressources humaines et matérielles, la sûreté nationale, le ministère de l’intérieur en général, font un travail admirable.

Premièrement, le maillage sécuritaire là-bas est plus facile à opérer comparé au Maroc. Voyez plutôt : 163,610 km² de superficie et 10.5 millions d’habitants comparés à 710,850 km² et 33 millions ; au Maroc, il y a 12 policiers pour 1000 habitants. En Tunisie 76 policiers pour 1000 habitants (les chiffres datent un peu, et on a toute raison de penser que ratio a augmenté). Les émeutes qui durent depuis un mois sont la preuve cinglante que le modèle sécuritaire tunisien a failli, et que, par contraste, la méthode marocaine prouve son efficacité.

Parlons de notre expérience : il est clair que partout au Maroc, de temps à autre, un groupe de crève-la-faim, ou de tire-au-flanc décide de faire entendre ses doléances aux ‘autorités’ (as-souloutat) Parfois le représentant local du ministère de l’intérieur arrive à calmer les masses en leur promettant quelques miettes (qui n’arrivent pas toujours, pour ne pas dire jamais) ; Il arrive cependant que de temps à autre, le ras-le-bol se transforme en une manifestation.

Le scénario classique est celui de l’intervention des CMI, de la Gendarmerie, des Forces auxiliaires, puis gaz lacrymogènes, matraques, jets de pierre. Et se termine par des condamnations pour ‘trouble à l’ordre public’ et ‘constitution de bande armée. Jusque là, rien de nouveau.

Pour expliquer la méthode plus facilement, imaginons un sécuritaire non représentatif de l’institution policière marocaine –un modèle de probité, d’honnêteté et d’attachement aux valeurs de sens du devoir- nous racontant la chose : ‘voilà, il y a des bastions potentiels d’insurrection civile partout au Maroc. ‘faut pas se leurrer, et la police, les merda, la gendarmerie et les CMI ne peuvent pas être partout, et ne peuvent contenir le tout. Alors voilà comment on procède : de temps à autre, on laisse faire. Les gens veulent protester ? yallah, vas-y, exprime-toi. C’est comme la cour de récréation : on laisse faire, on garde un œil vigilant sur les développements, et puis, à un moment donné, on siffle la fin. Deux cas de figures se présentent : les protestants sont obéissants et acceptent de déléguer quelqu’un pour exprimer leurs doléances, soit ils refusent de disperser, et là c’est la matraque qui parle. Tu sais, la répression à la matraque est un jeu : les gens exhibent leurs coups et blessures pour prouver qu’ils ont protesté, et les Merdas & Co justifient leur salaire ; En plus ils peuvent se défouler un peu. Une vraie thérapie de groupe’.

Là, le nihiliste sceptique se dit : mais ça ne résout pas le problème !

La réponse ne se fait pas attendre : ‘écoute coco ; l’important n’est pas de résoudre le problème, c’est d’éviter qu’il ne devienne trop visible. Nos cousins tunisiens ont été trop sophistiqués dans leur boulot : d’expérience, on sait qu’on ne peut pas supprimer toute opposition, ou même mécontentement. Nous, on est malins. C’est ce qu’on appelle la démocratie marocaine : ramène-la si tu veux, mais pas trop quand même, sinon c’est dans ta pomme.’

La différence est bien là : à jouer l’Etat totalitaire, la police tunisienne a négligé le ressentiment de la population. Le Maroc, de son côté, laisser se développer une certaine contestation, qu’il rappelle à l’ordre de temps à autre (à coup de matraque, cela va de soi)

Je parle bien sûr de mécontentement populaire, pas de cas isolés de brutalité policière, et encore moins de la cyber-dissidence.

 

Matraquage ordinaire

Peut être notre police a-t-elle appris de ses erreurs passées : ne pas étouffer le mécontentement car il n’en devient que plus exacerbé. Ne pas étouffer la colère populaire car elle finit par exploser en une série d’émeutes (avec les risques de massacres). Il est préférable d’entretenir un semblant d’espoir en aménageant des espaces d’expression limités et contrôlés : dans les stades de foot, une approche laxiste à l’usage des drogues, ou encore un système complexe de récompenses/sanctions. La corruption est certainement plus institutionnalisée, et du coup, a un effet dissuasif quant à la probabilité de révolte. Si tout un chacun a son petit passe-droit/privilège, on y repense à deux fois avant de sortir dans la rue. Même les cas de désespoirs les plus extrêmes se monnaient.

Ce bref état des lieux ne fait que confirmer la supériorité du modèle marocain, qui arrive, au prix d’un travail minutieux et de longue haleine (à porter au crédit de ce que les nihilistes appellent le Makhzen) à pourrir toute la société, et élimine tout risque de débordement au prix, finalement dérisoire, de petits groupes de protestations désorganisés, sans coordination et à la portée finalement marginale.

 

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22 commentaires pour Le Miracle Marocain

  1. assyedkoum dit :

    je cite « Et là, Ô satisfaction, le couvercle saute »: le couvercle a fait plus de 200 morts espèce d’ignorant à l’orgueil démesuré . la jalousie et la haine dégoulinent de vos petits cerveaux .

  2. assyedkoum dit :

    je vous cite « Ce bref état des lieux ne fait que confirmer la supériorité du modèle marocain,
    l »autruche aime bien enfoncer sa tête dans le sable bien chaud ,et continuer à se dire que tout va bien dans le meilleur maroc du monde . le peuple marocain vaut mieux que vous , bandede nullards

  3. débilos dit :

    C’est vrai et je suis d’accord avec fawzi.

    Par les temps qui courent, il ne faut pas décrédibiliser les efforts de certains internautes marocains vivant au maroc pour un maroc meilleur.

    La satire et la volonté de faire de l’humour à tout va ne font pas bon ménage avec le sérieux

  4. Citoyen lambda dit :

    bonne analyse, et en plus drôle..continue comme ça.

  5. Citoyen lambda dit :

    tres bon post.
    a quand un maroc libre ou on pourra parler de tout ca et demander des comptes a simo et de ses potes du collèges royal qui roulent en mercedes grace a nos impôts sans se faire tabasser……vivement le changement.

    • Berrehili dit :

      Je trouve cette vision assez agressive à mon goût. Je ne suis pas d’accord.
      Le Maroc est un modèle de progression tant du point de vue de la démocratie, de l’économie et du social (projet de sécurité sociale généralisée, retraite etc…).

      Pourquoi vouloir changer un modèle qui marche et est en pleine croissance?

      • fawzi dit :

        Du point de vue des libertés et de la démocratie, je dirais que nous sommes en régression ces dernières années. Que ce soit la liberté de la presse, la liberté d’expression ou la norme salafiste. Pour la démocratie, avec le PAM le palais a fait une OPA sur le petit champ politique qui lui échappait encore.

        Je pense qu’il y a urgence…surtout avec le précédent tunisien. Les deux systèmes se rejoignent sur plus d’un point. Le système Ben-Ali était un modèle de réussite et de croissance. Pour éviter un scenario pareil et la violence inévitable qui y est associée, le roi doit lâcher le pouvoir aux élus qui rendent des comptes incessamment en altérant la constitution pour faire du Maroc une nation pluriel (et non dominé legalement par tout ce qui est arabo-musulman) C’est le seul moyen d’assurer la pérennité de la monarchie.

        Ce qui est agressif, mon cher, c’est la tyrannie de la pensée unique, l’autoritarisme du palais, la main basse que fait la monarchie sur l’économie et la politique, et le totalitarisme islamique.

  6. Citoyen lambda dit :

    Berrehili, ce qui agressif c’est te fare tabasser par un merda analphabete parce que tu oses faire entender ta voix devant le parlement, ce qui est aggressif c’est (aussi) te faire tabasser parece que tu manges pendant le ramadan.; ce qui est agressif c’est la monople de simo et des amis sur tous les aspects de l’economie; comme ca normal qu’il y ait du chomage: il y a peu de bons postes parce qu’il y a pas beaucoup de societes, et il n’y a pas de societes parece que simo6 et sa famille controllent tous les secteurs, et chaque nouvelle entreprise c’est de la concurrence pour eux…..et apres on paie des impots.
    Nichange a ete ferme, aljazeera a été fermme par le roi et / ou ses amis, le journal hebdomadaire a ete ferme…il est beau le prorgres.

    • Kaysee dit :

      Pour le fait de manger pendant le ramadan, il faut comprendre que le tabassage est plus fait par la société que par le pouvoir. Il y a un réel risque de lynchage pour le mangeur de ramadan, et ça le pouvoir n’y est pour rien.

      Ton passage sur l’impact sur l’économie et le chômage st un raccourci erroné, car 1 théoriquement la concentration des acteurs dans un secteur économique est inévitable dès lors que ce secteur est ancien, et fortement capitalistique comme le sont la plupart des sociétés que tu cites et 2 en pratique >/b> non réalisé car les secteurs de l’agroalimentaire, bancaire, grande distribution et télécoms sont des secteurs où la compétition s’est renforcée plutôt que réduite depuis dix ans: Copag, Savola, Méditel, Excelo, Labelvie, banques françaises et j’en passe concurrencent fortement les business du Roi

      • fawzi dit :

        Pour le fait de manger pendant le ramadan, il faut comprendre que le tabassage est plus fait par la société que par le pouvoir.

        Ben non. C’est fait par les deux!

        Le rôle de l’état, c’est justement de protéger les minorités. Sinon à quoi bon?

        Prenons l’exemple des gays: ils se font encore tabasser partout. Mais les états démocratiques punissent ceux qui oppriment cette minorité.

        Il y a un réel risque de lynchage pour le mangeur de ramadan, et ça le pouvoir n’y est pour rien.

        Si. Le pouvoir doit d’abord admettre qu’il y a des marocains non-musulmans (je parle pas des juifs car ils sont à peine 2000-3000). Ensuite, il doit protéger ces citoyens de l’oppression de la majorité. Autrement, si c’est juste pour nous pomper notre fric pour entretenir les palais de Simo, ben j’en veux pas de cet état moi!

        1 théoriquement la concentration des acteurs dans un secteur économique est inévitable dès lors que ce secteur est ancien,

        Bonne remarque. Mais comprenez que l’entourage du roi (et le roi lui même par sa complicité tacite) abuse des privilèges et des prérogatives que conférés constitutionnellement à l’institution monarchique pour faire razzia (c.f. câble de Wikileaks sur le marché de l’immobilier).

        2 en pratique non réalisé car les secteurs de l’agroalimentaire, bancaire, grande distribution et télécoms sont des secteurs où la compétition s’est renforcée plutôt que réduite depuis dix ans: Copag, Savola, Méditel, Excelo, Labelvie, banques françaises et j’en passe concurrencent fortement les business du Roi

        Écoute…le roi est l’insider trader par excellence. C’est une honte qu’il règne, gouverne, et fasse du business. C’est carrément fasciste comme système!

        Apres…si tu veux couper les cheveux en quatre à propos de qui de Siger ou Labelvie est plus profitable, knock yourself out! Pour ma part, il est évident que les pouvoirs du roi doivent être sévèrement limités si on veux aspirer un jour à une transition démocratique.

  7. Kaysee dit :

    Kudos pour l’aspect sociologique.

    Il manque un aspect politique et historique quand même.

    Politiquement, le Maroc est en avance sur l’Egypte et la Tunisie pour sa transition. La transition étant entendue ici comme celle du transfert de l’accountability envers le peuple du leader vers l’institution.
    Le fait local au Maroc, contrairement aux pays plus autocratiques, est géré par les partis politiques, qui jouent le rôle de tampon. Le paysage politique, lui, est diversifié en représentativité dans les institutions. C’est ce qui différencie le Maroc des pays les moins politiquement avancés.
    Toutefois, il y a bien sûr différence entre représentativité dans les institutions et réel pouvoir desdites institutions politiques; et à mon sens c’est ce qui différencie le Maroc des pays politiquement avancés.

    Le Maroc a vécu des élections pluralistes depuis une trentaine d’années, les islamistes sont politisés depuis trois élections (réellement depuis deux); l’exécutif est choisi à partir d’élections législatives; la Cour des Comptes a été « réactivée » ce qui donne des médiatisations des fraudes

    Le système politique est en conclusion bcp plus ouvert et plus dynamique qu’ailleurs dans le Maghreb.

    Historiquement, les Marocains ont beaucoup manifesté contre leurs conditions sociales, ils le font souvent, et leurs revendications sont plus ou moins entendues dans le but de l’apaisement social. C’est là où je suis en désaccord avec le dernier point, c’est que l’impact des protestations est réel pour les protestataires : attributions de logements, de terrains, de cartes d’entraide nationale … Cet impact n’est pas rendu visible de l’extérieur de la part des commentateurs politiques, des activistes de la toile etc. qui ne voient et ne reportent que sur la répression; jamais sur les résultats tangibles que le système apporte en réponse aux doléances des citoyens.

    Donc, à mon humble opinion, tout n’est pas joli dans le meilleur des mondes, mais al7amdoullah 3la latfellah ça aurait pu être bien pire. Et la bonne nouvelle est que ça avance. Pas assez vite peut-être, non pas parceque les réformes sont lentes, mais plutôt que la patience des commentateurs est très faible compte tenu de l’effet de la globalisation, des média etc.

    • fawzi dit :

      « Le système politique est en conclusion bcp plus ouvert et plus dynamique qu’ailleurs dans le Maghreb. »

      Si on compare aux cancres mondiaux en termes de démocratie et de droit de l’homme, il va de soit que le Maroc est meilleur. And guess what? Ces cancres sont majoritairement des pays arabo-musulmans…

  8. Koukshkeu dit :

    C’est bien dit, ironique, pertinent, rien à dire. Mais le message n’est pas passé. Tout ce qui peut être retenu de cet article, c’est qu’il témoigne d’un grand mépris, et d’un sentiment de « hauteur » par rapport aux gens, à ces miracles marocains incarnés. Or, ce qui compte, c’est de discuter avec « ces gens là » pour faire passer les idées défendues. Parce que si c’est pour convaincre des gens qui pensent exactement pareil, à quoi bon s’acharner à défendre une idée?

  9. Y. dit :

    le style est agréable .. cependant article très superficiel..
    il faut aussi corriger quelques fautes d’orthographe.

  10. Citoeyn lambda dit :

    moi tout ce que je sais c’est que simo et ses potes roules en mercedes grace a nos impots, c’est que quand le fils de naciri agresse un citoyen apres un accident son ** de papa vient le chercher et l’affaire est etouffee, idem quand le ** du mari de la tante de simo tire sur un policier en pleine journee et en pleine rue. tant qu’il y aura pas de democratie et de justice on devra continuer a critiquer ce makhzen pourri et son roi qui nous a rien donne, Rien, meme pas l’independance: n’oublions pas que quand l’independance du maroc a ete signee simo etait a madagascar avec son papa hassan l’oppresseur.

  11. Sarish dit :

    J’ai du mal à imaginer que ces « sécuritaires » soient si malins… Ils sont mus par leur paresse, et il se trouve que ça arrange pas mal de monde !

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