Cher connard,
Je tiens à te prévenir, tu seras probablement heurté par mes propos, toi qui es habitué à raconter tes exploits de dragueur, comment tu as harcelé telle femme qui passait ostensiblement dans la rue, comment tu l’as traitée de péripatéticienne, et puis comment tu l’as giflée parce que cette salope a osé te répondre, ô toi, humanoïde muni de sexe masculin, qui crois que ton phallus te dispense de la bonne conduite qu’exige la vie en société humaine en l’an 2012.
Je n’aime pas particulièrement les femmes, ou plutôt leur façon de défendre leurs droits les plus évidents. Elles semblent te suggérer, te supplier presque de cesser de les importuner : 3afak sir f7alek ! Personnellement, si j’étais l’heureuse propriétaire d’une paire de seins, j’aurais consacré un budget conséquent à l’achat de bombes lacrymogènes pour arriver à ce que les politiciens appellent l’équilibre de la terreur. Toi, avec ta connerie et moi, avec mon arme chimique.
Cher connard,
Ton âge peut aller de 15 à 95 ans, tu appartiens à différentes catégories socioprofessionnelles, parfois tu portes même un uniforme orné d’une moustache, celui sensé distinguer les fonctionnaires au service de la tranquillité des citoyens. Cependant, il est très facile de te reconnaître parmi les hordes de chiens crevés par le soleil qui errent dans les ruelles empestées de mauvaises manières ; contrairement aux autres races canines, tu as une sorte de morve qui dégouline abondamment des yeux, lesquels ont usés leurs orbites respectifs à force d’onduler au mouvement des muscles grand glutéal. Tu te poses souvent, dans ton intimité masturbatoire, des questions existentielles concernant le peu d’intérêt que portent à ton égard les jeunes dames que tu n’as cesse de caresser virtuellement. Ne penses-tu pas, un instant, que tes manières sont directement responsables de ta frustration sexuelle ? Think about it

La pièce à conviction
Cher connard,
Si je t’écris cette lettre aujourd’hui, c’est parce que les femmes de ce pays me les cassent depuis quelque temps. La semaine dernière je parlais à une nana moche (tellement moche que Dieu la punit en la rendant chaque jour un peu plus moche) à propos de la vie, de l’univers et de la pertinence de ses choix esthétiques. Eh bien cette connasse m’a longuement expliqué qu’elle en a marre des harcèlements sexuels dans la rue qui vont souvent jusqu’à l’agression verbale, et parfois, la violence physique. Elle s’est plaint que les hommes de son pays sont des brutes, qu’ils réfléchissent avec leur virilité, et m’a bien entendu rendu responsable de cela par je ne sais quelle coïncidence chromosomatique.
Vois-tu, il y a dans cette histoire un agresseur, c’est-à-dire toi, une moche coupable d’avoir emprunté la voie publique, et une victime des doléances de celle-ci, c’est-à-dire moi-même. Je ne suis donc que trop concerné par ton comportement
J’écoutais Jamila (oui parce qu’elle s’appelle Jamila, ce qui fait d’elle une antinomie vivante). J’écoutais donc Jamila sans intérêt, même feint. Je connais l’histoire par cœur : la semaine dernière, elle portait une jupe, rien de grave, un centimètre au dessus des talons, et là, tu as surgi de nulle part, et comme un hmar, tu as accosté Jamila avec ta Mercedes cent quatre-vingt dix vitres fumées, tu as ralenti toute la circulation derrière, tu as klaxonné, tu lui as lancé une quelconque phrase à la con commençant avec zine, tu as essayé de la persuader de s’arrêter, t’accorder un instant, pour que tu lui expliques, haleine de chacal à l’appui, que tu voudrais qu’elle te serve d’outil pour soulager ta libido. Or elle t’a ignoré, chose que je comprends parfaitement.
Cher connard,
Nous sommes entre hommes, et voici mon opinion sur ta petite personne : tu es ce qu’on appelle un ch’mata. Un ch’mata – mon pote – renvoie à un être humain s’attaquant à des personnes plus faibles que lui, ce qui réduit bon nombre de nos concitoyens à l’état de sous-rajel.
Mais alors quelles justifications donnes-tu à ta lâcheté ?
Je t’en ai déjà parlé, connard, et tu m’as dit, comme à chaque fois lorsqu’il s’agit de justifier tes conneries, un ensemble de phrases inintelligibles, une sorte de succession aléatoire d’inepties verbales accusant le monde de ne pas obéir à ta logique de merde :
Il s’agit simplement d’une pute. Tu vois ? La salope portait un jean moulant, elle avait clairement envie de se faire défoncer la rondelle … tu sais les femmes, toutes des salopes … quand elle fait mine de refuser, c’est juste pour que tu insistes un peu … les salopes… Il ne faut pas leur faire confiance … C’est quand elles font les prudes qu’elles sont les plus chaudes … (et caetera, et patati, et khra-khra …)
A cause de tous les bollosses de ton genre, il me devient quasi impossible de draguer. La dernière fois, j’ai accosté une demoiselle dont le parfum emplissait mes narines de béatitude, et ma vision fut par le spectacle divin de sa poitrine éblouie. C’était tout à fait innocent, je voulais simplement lui demander le chemin (à son cœur, allais-je insinuer) lorsqu’elle opposa à ma demande, sans même jeter un coup d’oeil en ma direction, une fin de non-recevoir. J’ai compris qu’à cause de toi, les femmes de ce pays envisagent désormais avec beaucoup d’inquiétude toute silhouette masculine occupant une parcelle de l’espace public.
Cher connard,
Va te faire foutre.
Cordialement,
A.L.




